Le Pays de Nice et ses Peintres au XIXe siècle

Urbain  GARIN de COCCONATO

(1813-1877)

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Nice depuis le Lazaret, 5 février 1857Les arènes de Cimiez, 11 février 1857Le Château du Piol, 16 février 1857Vue de Nice du Château du PiolLa villa Arson à NiceLa villa Arson à NiceVue de Nice, prise des jardins de la villa ArsonVue de Nice du jardin de la Villa Arson, vers 1860Nice, le jardin public à l'embouchure du Paillon, 1853Ancaster, 1848Terraggio TrevisoEntrée du port de Marseille, 1840Naples, palais de la reine Jeanne, 1841PeilleL'entrée du port de Nice vue du Lazaret, 1868Le Pont-Vieux, 1856

"L’ancienne famille niçoise des Garin s’illustra dans la magistrature et dans la carrière des armes. Elle obtint l’inféodation le 17 mars 1775 avec le titre de comte pour une partie du fief de Cocconato, petite localité près d’Asti, dans la province d’Alexandrie en Piémont. Après le rattachement du comté de Nice à la France en 1860, la majeure partie de la famille resta fidèle aux rois de Piémont-Sardaigne, tout en conservant des propriétés à Nice. Sur le plateau de Cimiez, la majorité des terrains où se trouvent les vestiges de la Cemenelum antique appartenait aux Garin et notamment la villa Garin qui fut louée et devint l’Hôtel et Pension anglaise de Cimiez dans le deuxième moitié du 19e siècle.

De Raymond Garin1 (branche aînée des Garin), troisième comte de Cocconato, premier Consul de Nice, et de Joséphine Brignone, comtesse de Costigliole, naît le 25 mai 1813 à Nice, Urbain Garin, quatrième comte de Cocconato. Son frère, Albert-Théophile (1826-1881) sera général de l’armée royale de Piémont-Sardaigne. Urbain a également deux sœurs, Iphigénie et Sylvie. Après des études plutôt moyennes au Collège des Jésuites de Nice, Urbain part faire son droit à Turin. Il y obtient ses diplômes de jurisprudence entre 1831 et 18352.

Après ses études supérieures, Urbain Garin revient à Nice où il exerce la profession d’avocat. Il tient également plusieurs postes dans l’administration municipale. Suivant l’exemple de la carrière paternelle, il gravit peu à peu les échelons municipaux : d’abord conseiller « di Ragioneria »,
« regardateur », il est enfin vice-syndic sous l’administration d’Adrien Barralis. Urbain appartient en outre à plusieurs directions municipales : celles de la Commission économique du port, du Consiglio d’Ornato, du Théâtre. Il s’occupe aussi d’œuvres de charité, en tant que membre de la Commission provinciale sur les comptes des œuvres pies, à la suite de son père (1845). Il est sergent de la Garde d’honneur à Nice du roi de Piémont-Sardaigne, Charles-Albert.

Les annuaires le mentionnent comme avocat et également comme « propriétaire ». Il habite place Victor (Garibaldi), puis place du Jardin Public. Comme plusieurs membres de sa famille, Urbain se marie avec une britannique, Mathilde Nixon, avec qui il a deux enfants : Edwin-Raymond né à Nice le 15 décembre 18413 et Frédéric4. Loyaliste, à l’image de la plupart des familles nobles du Comté de Nice, Urbain signe, à Nice et à Turin en mars 1861, les déclarations officielles entérinant sa volonté d’opter pour la nationalité italienne et d’être inscrit sur les listes électorales de Cuneo. S’il continue de résider à Nice, il demeure le plus souvent sur ses terres en Piémont. Urbain se retire de toute vie politique en France, comme en Italie. Sur les actes officiels, il n’est plus fait mention que de sa qualité de propriétaire, « possedente ». Il peut alors s’adonner à ses passions : la chasse et l’aquarelle. Le comte Caravadossi d’Aspremont le choisit pour faire partie du Comité chargé de créer la Société des Beaux-Arts de Nice en 1877. Il avait déjà participé à l’aventure de la Société des Amis des Arts qu’Augustin Carlone avait créée en janvier 1851 et qui avait disparu quatre années plus tard. Urbain Garin de Cocconato meurt aux Bains de Lucca le 6 septembre 1877 à l’âge de soixante-quatre ans.

Il ne semble pas que Garin ait suivi les cours de dessin de l’Academià Reale à Turin. Plus vraisemblablement, il a dû recevoir les leçons de peintres-professeurs installés à Nice ou à Turin. Les affinités de la famille Garin avec la société anglaise ont certainement favorisé le goût d’Urbain pour le genre si britannique de l’aquarelle. Urbain Garin est un dessinateur et un aquarelliste. Si les petits formats consignés dans ses carnets révèlent un peintre très lumineux, un coloriste attiré par les couleurs pures et vives, en revanche, ses grands formats montrent une palette beaucoup plus traditionnelle dans laquelle les bruns, les terres dominent, rapprochant son art de celui de Joseph Fricero. Au fil des années, Garin semble avoir également renoncé à utiliser des encres sombres pour appuyer les contrastes des eaux et des ombres, comme c’était le cas dans ses aquarelles travaillées des années quarante (Naples, Marseille).

Pour l’heure, on ne connaît pas de tableau à l’huile de sa main. Garin pratique la peinture par plaisir ; c’est un peintre amateur, au sens noble du terme. Son heure de gloire correspond probablement avec la publication dans la célèbre revue L’Illustration de deux gravures représentant la villa Arson tirées de ses aquarelles.

D’après les aquarelles et les carnets de dessin conservés par le musée Masséna et la bibliothèque de Cessole5, Urbain Garin est surtout actif entre les années 1840 et 1860. L’un de ces carnets, intitulé Album de Nice et daté de 1857 est dédicacé à Wilhelmina Hervey. Il ne s’agit pas de l’un de ces carnets que l’on emportait en voyage pour croquer rapidement une scène ou pour prendre des notes, mais d’un recueil d’aquarelles miniatures achevées. Ce cadeau que Garin fait à la demoiselle anglaise contient certainement les vues préférées du peintre. Il s’attache à aquareller les monuments, les villas et les sites pittoresques de Nice, du littoral et des environs, souvent consacrés par l’usage. Garin est un aristocrate, un humaniste et un dilettante. Sans être un peintre de la villégiature, il est le peintre du beau monde, de ses demeures et de ses jardins. Il a une prédilection pour l’amphithéâtre de Cimiez, la montée de Cimiez, le château du Piol, la villa Arson et Saint-Barthélémy, le vallon obscur, le bord de mer.

Il peint les villages et les vallées du Piémont, notamment ceux proches de Cuneo, comme Beinette, Peveragno. Il fixe également ceux rencontrés lors de haltes effectuées au cours de ses voyages : l’entrée du port de Marseille en août 1840, Naples en 1841. Le 6 novembre 1848, il peint l’église du village d’Ancaster, dans la province du Lincolnshire. Au fil des pages des carnets, on rencontre aussi quelques portraits-charges d’amis, de connaissances ou de personnages de rencontre, qui rappellent ceux des Trachel et de Carlone.

Urbain Garin ne semble avoir exposé ses œuvres que deux fois, lors des salons de la Société des Amis des Arts à Nice, dont il est membre fondateur. Il y montre deux aquarelles en 1851 : Vue de Tende et Intérieur, puis en 1853 une seule aquarelle : Intérieur. C’est ensuite le silence jusqu’à l’exposition organisée par L’Artistique en 1919, « Nice à travers les âges », pour laquelle la comtesse Garin de Cocconato prête une aquarelle Vue de Nice prise du versant est de la colline de Cimiez. Puis, pour l’exposition de 1925,« Le Paysage niçois », la comtesse présente trois aquarelles de son aïeul : La maison du Prétoire à Cimiez, L’embouchure du Paillon, La rade et la vieille route de Villefranche."


Bibliographie
Jules DE ORESTIS DI CASTELNUOVO, La Noblesse niçoise. Imprimerie du Commerce, P. Lersch et A.-N. Emmanuel, Nice, 1909, p. 91-92.
Georges DOUBLET, “À propos de la villa Garin à Cimiez”, in Armanac nissart, 1929. Gastaud impr., Nice, 1929, p.47-59.
Henri SAPPIA, “La Famille Garin de Cocconato”, in Nice Historique, 1901, p. 169-172.

Notes
1. Bibliothèque de Cessole, Nice. Fonds Garin, pro 95 (1). Les fonds familiaux de la famille Garin ont été donnés par un descendant, le comte de Sant’Albino, au musée Masséna.
2. Le baccalauréat en jurisprudence au mois d’août 1831, son diplôme de « prolysis » le 30 juillet 1834 et celui de « laurea » le 18 juillet 1835. Archivio Storico dell’Università di Torino, collocazione x.c.70.
3. Né à Nice le 15 décembre 1841.
4. NĂ© Ă  Nice le 30 octobre 1845.
5. a/ un carnet 125 mm. x 200 mm. de 55 f. numérotés, n° inv. 2773. b/ un carnet 115 mm. x 180 mm. de 42 f. numérotés, n° inv. 2772. c/ un carnet en percaline sous emboîtage portant sur le 1e plat 1857 Album de Nice, de 15 f., n° d’inv. 8546.

Jean-Paul POTRON