Le Pays de Nice et ses Peintres au XIXe siècle

Alexis  MOSSA

(1844?-1926)

Separateur
Bendejun, le château Avet, 7 septembre 1908Saint-Martin-d'Entraunes, chapelle Saint-JeanLa Muse de l'ObservatoireSaint-Martin-Vésubie, au confluent du Boréon et du val de Fenestre, septembre 1868Saint-Étienne-de-Tinée, le plateau d'Auron et Sainte-Edwige, 12 septembre 1891Utelle, vue générale, 6 septembre 1893Mont-Alban, le fort et broussailles, 2 juillet 1911Cimiez, les chênes vus de la ruelle, 25 juin 1896Vallon d'Aspremont, 14 août 1896Coucher de soleil sur la Jetée-Promenade, Nice, novembre 1910Gros temps à l'embouchure du Var, 1880La Luerna, chez Marengo, 21 janvier 1922Contes, 24 août 1888Au chemin des collinettes, à Saint-Philippe, Nice, 27 juillet 1913Saint-André, la grotte entrée nord le soir, 18 juin 1911Saint-André, l'église, 22 juin 1890Pont de Loda sur la Vésubie, 7 septembre 1909Sainte-Marie-de-Fenestre, effet de coucher et la chapelle, 23 août 1910Chapelle Ave Maria de Fenestre, 5 août 1910Sainte-Marie-de-Fenestre, la chapelle, 25 août 1910Sainte-Marie-de-Fenestre, la chapelle, temps gris le soir, 17 août 1910Granges sur le mont Trecrous, 20 août 1910Le Moulin du Figaret, 11 août 1909Bendejun, avant-plan de chaume, 5 septembre 1906Boréon, prise d'eau pour le canal, 3 août 1912Lantosque, le val de Saint-Colomban vu de la grand'route, 19 septembre 1909Gairaut, le gros pin de la carrière, 5 juin 1913Grande corniche, Saint-Pons et le pic St-Jeannet, vus de Saint-Charles, janvier 1869Pessicart, dans les oliviers, échappée sur les Alpes, janvier 1873Le Paillon vu de la grande corniche, 8 octobre 1881Le bassin de la Gordolasque vu de la Claudine, 13 septembre 1895À la cime du mont Fourche près de Nice, 28 septembre 1893Contes, le village vu de la route de Berre, 23 août 1888Cimiez, Saint-Pons de la hauteur, 25 juin 1896Saint-André, le château, 26 juin 1899Saint-Barthélémy, un coin de Nice vu du bois, 18 juin 1901Cap de Croix, la ferme rose, 20 juillet 1897Bendejun vu de la route de Sine, 24 août 1906Rimiez, route de l'Aire, la maison rose, 28 août 1915Vallon des fleurs, cerisiers fleuris, avril 1895L'orage, Saint-Hospice, 28 septembre 1895Mont-Alban, le fort, 19 juin 1913Rade de Villefranche, rochers du Cap-Ferrat, 1878

"Parmi les paysagistes niçois, Alexis Mossa tient une place particuliĂšre. C’est d’abord un peintre qui tente Ă  Paris le parcours classique du prix de Rome ; il frĂ©quente aussi Barbizon. À Nice, il accumule les fonctions : adjoint au maire, conservateur, peintre officiel du carnaval..., tout en amoncelant, pour son seul plaisir au fil des ans, des vues lumineuses du pays de Nice. Le nom d’Alexis Mossa est connu aujourd’hui d’abord pour ses aquarelles, ensuite parce qu’il est pĂšre de Gustave-Adolphe (1883-1971), le peintre symboliste niçois. Pour ces multiples raisons et, surtout, parce que ses aquarelles ne peuvent ĂȘtre associĂ©es Ă  celles d’autres peintres, fussent-ils niçois, Alexis Mossa mĂ©rite une place Ă  part.

Alexis Mossa : une biographie

Le pĂšre d’Alexis, François-Isidore Ă©tait tombĂ© amoureux d’une jeune fille de Biot, Louise Durbec. Comme la jolie provençale avait dĂ» Ă©migrer avec sa mĂšre en Colombie, le romanesque François-Isidore la suivit et, le 15 octobre 1844 (l’annĂ©e est incertaine), prĂšs de Santa-FĂ© de Bogota en Uruguay, naquit Alexis Mossa. DĂšs sa cinquiĂšme annĂ©e, le petit «Alejito» est confiĂ© Ă  ses grands-parents paternels qui habitent Nice, au quartier Saint-Étienne, prĂšs de la ferme d’Alphonse Karr.

Adolescent, Alexis frĂ©quente le Collegio Convitto Nazionale de Nice. DĂ©jĂ , Ă  la fin de l’annĂ©e scolaire 1857-1858, il est citĂ© pour le prix d’ornement d’architecture. Sa vocation de peintre apparaĂźt trĂšs tĂŽt. Il suit des cours de dessin et de peinture Ă  l’école municipale, crĂ©Ă©e par Barberi, auprĂšs d’Hercule Trachel, et de Charles Garacci. Il entretiendra toujours d’amicales relations avec ce dernier. Le 25 juin 1861, il entreprend sa premiĂšre toile : un tableau d’histoire sur un Ă©pisode de la bataille de Montebello du 20 mai 1859.

Alexis s’engage dans les Ă©tudes artistiques ; son but avouĂ© est de dĂ©crocher le grand prix de Rome. Il «monte» Ă  Paris en 1861 pour prĂ©senter le concours d’admission Ă  l’école des Beaux-Arts. AprĂšs plusieurs Ă©checs, il est reçu. Dominique Ingres figure parmi ses maĂźtres. Il rallie bientĂŽt l’atelier de François Picot, puis de son Ă©lĂšve Alexandre Cabanel, dont il devient le massier. L’apprentissage est difficile. Le jeune Mossa n’obtient aucun prix aux quatre salons auxquels il participe de 1866 Ă  1869. Il entre plusieurs fois en loge pour concourir au grand prix de Rome, sans jamais le dĂ©crocher. L’argent qu’il peut gagner en rĂ©alisant des affiches pour le grainetier Vilmorin et en vendant des aquarelles, lui permet de se mĂȘler Ă  la vie artistique et intellectuelle de la capitale. Il mĂšne une vie de rapin, se lie d’amitiĂ© avec Henri Regnault, frĂ©quente François Millet, les frĂšres Goncourt, Catulle MendĂšs lors d’un long sĂ©jour qu’il effectue Ă  Fontainebleau, puis Ă  Barbizon, en 1866.

Mais ses Ă©checs, ajoutĂ©s Ă  la rupture des subsides de sa famille, avertie de la vie divagante du fils prodigue, l’obligent Ă  regagner Nice en 1869. Son pĂšre lui confie les plans d’agrandissement de la maison familiale, ainsi que le dĂ©cor des plafonds. Le 10 janvier 1870, il se marie avec une grassoise, AnaĂŻs Girard, ce qui lui permet d’échapper Ă  la conscription. Pour faire vivre son mĂ©nage, Alexis travaille Ă  des dĂ©cors de villas et peint des tableaux de commande. DĂšs 1872, il donne des leçons Ă  des hivernants de qualitĂ©, comme le consul d’Angleterre, le comte et la comtesse de Neuville, dans son atelier situĂ© au dernier Ă©tage du Palais Marie-Christine, place de la Croix-de-Marbre. S’il continue Ă  Ă©chouer dans toutes ses tentatives pour se faire reconnaĂźtre comme peintre au Salon de Paris jusqu’en 1889, sa renommĂ©e niçoise, elle, est vite Ă©tablie. À partir de 1874, il devient le dessinateur officiel du Carnaval de Nice. Il part, avec son Ă©pouse, pour un voyage en Italie l’annĂ©e 1875. Il peint des aquarelles Ă  Rome, VĂ©rone, Venise.

En 1876, son Ă©pouse meurt. Alexis se remarie un an plus tard avec une niçoise, Marguerite Alfieri. Il s’emploie Ă©nergiquement Ă  la crĂ©ation de la SociĂ©tĂ© des Beaux-Arts en 1876 avec le peintre Chabal-Dussurgey et l’architecte Philippe Randon. Il sera l’un des membres de sa commission artistique et l’un des principaux organisateurs de son Salon annuel. DĂšs 1884, Alexis tente une carriĂšre politique locale en soutenant le docteur Albert Balestre. C’est un Ă©chec, mais, en 1886, il est Ă©lu conseiller municipal sur la liste du maire Alziary de MalaussĂ©na, poste qu’il occupe jusqu’en 1896. Relevons sa participation au dossier de la construction du tramway, son rĂŽle majeur dans la programmation d’un rĂ©pertoire français au ThĂ©Ăątre de l’OpĂ©ra. Son action est celle d’un francophile et d’un moderniste convaincu.

L’artiste se bat pour l’ouverture d’un musĂ©e des Beaux-Arts, parvenant Ă  convaincre la municipalitĂ© d’utiliser Ă  cette fin l’ancienne galerie de tableaux du 39 boulevard Dubouchage donnĂ©e par son propriĂ©taire, Portallier, Ă  la ville en 1875. Ce bĂątiment bien vite trop exigu est remplacĂ© par un Ă©tage de l’immeuble que la ville fait Ă©difier en 1901 Ă  l’angle de la rue Notre-Dame et de la rue Hancy. C’est en 1905 qu’Alexis devient le premier conservateur du musĂ©e municipal des Beaux-Arts de Nice. Il organise les collections, attire les dons des amateurs d’art, monte les expositions. À partir de 1925, le conservateur prĂ©pare le transfert du musĂ©e pour la villa Kotschoubey-Thompson acquise en 1925, un an avant sa mort.

Alexis Mossa fait figure de personnage central dans la vie artistique de la ville de Nice. DĂšs la crĂ©ation de l’école nationale des Arts dĂ©coratifs de Nice le 7 octobre 1881, dirigĂ©e par son ami Chabal-Dussurgey, Alexis Mossa en est nommĂ© professeur de peinture et de dessin d’aprĂšs l’antique et le modĂšle vivant. SituĂ©e Ă  l’origine rue Saint-Michel (Deloye), elle s’avĂšre vite trop petite et dĂ©mĂ©nage pour s’installer dans l’immeuble que la ville fit construire en 1904 rue Tonduti de l’EscarĂšne. Conservateur, professeur, conseiller municipal, organisateur d’expositions, Alexis se dĂ©voue entiĂšrement Ă  la cause des Beaux-Arts. Son rĂŽle reste d’abord Ă©dilitaire ; il ne semble pas avoir Ă©tĂ© un chef de file, et encore moins le patron d’une Ă©cole artistique.

Ces succĂšs lui permettent de faire construire sa villa, «La Retraite», au quartier Sainte-HĂ©lĂšne, route de France. Le vaste atelier qui y est joint, le « Studio Mossa », deviendra celui du peintre et graveur Marcellin Desboutins. « L’entrĂ©e du studio disparaissait sous un massif de roses blanches, qui, fragiles, se dressaient au-dessus du porche, festonnaient la grille Ă©troite, la voilaient joliment. AprĂšs avoir franchi le seuil, on s’arrĂȘtait, hĂ©sitant. Un gros aloĂšs se hĂ©rissait comme pour dĂ©fendre la retraite laborieuse de l’artiste... On se frayait un passage dans la verdure, on grimpait quelques marches, on pĂ©nĂ©trait dans l’atelier, une vaste piĂšce en dĂŽme, comme une chapelle, la chapelle de l’art » [...]1

Le 28 janvier 1883 naĂźt son fils unique, Gustave-Adolphe. À partir de ce moment, Alexis lui consacre l’essentiel de son temps libre. TrĂšs vite, il lui apprend Ă  tenir un pinceau et l’initie aux Beaux-Arts. L’élĂšve est douĂ©. DĂšs la fin de l’adolescence, ils sillonnent le pays niçois pour en aquareller les sites pittoresques ou cachĂ©s, ils collaborent aux maquettes de chars de Carnaval dont ils remportent trĂšs vite les premiers prix ; Gustave deviendra mĂȘme l’imagier officiel du carnaval niçois. Le fils entre Ă  l’École nationale des Arts dĂ©coratifs de Nice oĂč enseigne son pĂšre ; il expose dĂšs 1902. La mĂȘme annĂ©e, ils partent en voyage d’étude en Italie : Savone, GĂȘnes, Pise, Sienne, Florence. L’annĂ©e suivante, ils enchaĂźnent avec la Lombardie et la VĂ©nĂ©tie. Gustave s’applique Ă  la copie des grands maĂźtres. Pour prĂ©parer l’une des manifestations artistiques majeures que connut Nice : l’Exposition des primitifs niçois, Alexis et Gustave parcourent le pays niçois pour exĂ©cuter des relevĂ©s Ă  la plume des fresques, des architectures et des trĂ©sors religieux. Lors de l’exposition figure ainsi la reproduction rĂ©duite des peintures murales de douze chapelles.

RĂ©putĂ© pour sa gentillesse, mais Ă©galement pour ses brusques accĂšs de colĂšre, Alexis est un sentimental dont les Ă©motions et la sensibilitĂ© aiguĂ« s’accommodent assez mal de la peinture acadĂ©mique et des lourdes pĂątes de la peinture Ă  l’huile sur fond de bitume. Si ses machines sombres et empesĂ©es peuvent rester dans les rĂ©serves des musĂ©es, en revanche, ses aquarelles, parce qu’elles expriment son ĂȘtre profond et parce qu’elles restent un tĂ©moignage irremplaçable sur une Ă©poque disparue, mĂ©ritent une renommĂ©e dĂ©passant les limites du ComtĂ© de Nice.

DĂšs son sĂ©jour parisien, Alexis peint des paysages aquarellĂ©s, mais c’est dans les Alpes-Maritimes qu’il manifeste toute l’envergure de sa maĂźtrise dans l’exercice de la peinture Ă  l’eau : « Mossa a pris une habitude dont la consĂ©quence sera grande dans l’histoire de l’art de notre pays. Il est allĂ© souvent se promener une pique Ă  la main, accompagnĂ© de son fidĂšle [chien] SaĂŻd, dans notre province de prodigieux contrastes oĂč poussent les sapins de NorvĂšge et les cactus d’Afrique, dessinant et peignant sans rĂ©pit. Il s’est ainsi trouvĂ© que Mossa nous a prĂ©parĂ© la plus rare documentation sur notre littoral dont la bĂȘtise envahissante a dĂ©truit le charme champĂȘtre et sur notre montagne oĂč l’abandon et la misĂšre ont attristĂ© tant de communautĂ©s prospĂšres comme Peille, Guillaumes ou puissantes comme Sospel ou Utelle.»2

AprĂšs son retrait de la vie politique, Alexis parcourt plus souvent l’arriĂšre-pays niçois, plusieurs fois accompagnĂ© de son fils auquel il communique l’amour de ce terroir, de ses paysages, de sa lumiĂšre, ainsi que les ficelles du mĂ©tier. Ébloui par le talent de Gustave-Adolphe, Alexis se met au service de son fils : conseils techniques, mais aussi voyages, expositions, projets communs. En 1920, fatiguĂ© par une vie artistique et Ă©dilitaire intense, Alexis acquiert une propriĂ©tĂ© Ă  Saint-Isidore, proche de celle de son ami BarthĂ©lĂ©my Marengo, inspecteur des travaux de la Compagnie GĂ©nĂ©rale des Eaux et auteur dramatique. Il la baptise «La Luerna» (la luciole en nissart). C’est lĂ  que, quasi-journellement (trois cents aquarelles par an), Alexis aquarelle oliviers, pins, sous-bois et collines du Var, dans un exercice mental, artistique et physique qui lui permet de lutter contre le vieillissement. En 1926, trĂšs malade, il arrive cependant Ă  accrocher l’exposition de la SociĂ©tĂ© des Beaux-Arts. Il meurt le 2 dĂ©cembre, peu de temps avant que Gustave-Adolphe ne soit nommĂ© conservateur de ce musĂ©e des Beaux-Arts pour lequel il a tant luttĂ©. Il avait eu la joie, en 1925, de participer Ă  l’exposition de la SociĂ©tĂ© des Beaux-Arts, Le Paysage niçois, oĂč lui et son fils Ă©taient en bonne place. Ainsi, Ă©tait reconnu un genre trĂšs dĂ©veloppĂ© et apprĂ©ciĂ© sur la CĂŽte d’Azur, dont Alexis Mossa reste le plus brillant reprĂ©sentant.

Alexis Mossa et l’art du paysage

Parmi la production des paysagistes niçois, l’Ɠuvre aquarellĂ©e d’Alexis Mossa domine largement, en qualitĂ© et en quantitĂ© inventive, par ses multiples tentatives d’expĂ©rimentation novatrice. Il oublie alors les jus sombres de ses compositions Ă  l’huile et s’ouvre Ă  la lumiĂšre et Ă  ses innombrables jeux subtils. Cette technique trĂšs peu coĂ»teuse (papier spĂ©cial, couleurs, pinceaux, bocaux) et peu encombrante permet la promenade, la peinture «sur le motif» et l’exĂ©cution rapide. Pour un randonneur et un sentimental comme Alexis, elle correspondait tout Ă  fait Ă  ses besoins et Ă  l’expression du paysage comme Ă©tat d’ñme d’un moment. NĂ©anmoins, cet art et cet exercice sont restĂ©s personnels. Bien peu d’aquarelles ont Ă©tĂ© vendues de son vivant, et un petit nombre portent sa signature. Seules les plus achevĂ©es, les plus rĂ©ussies montrent sa griffe. Toutes offrent, en revanche, un numĂ©ro d’ordre et une date, reportĂ©s sur un cahier d’inventaire qu’il conservait soigneusement.

Alexis Mossa ouvre son journal en 1863. Ce carnet de route oĂč il note chronologiquement chacune de ses aquarelles le suit Ă  travers tous ses dĂ©placements et pendant tous les Ă©pisodes majeurs de sa vie, depuis son sĂ©jour d’étudiant Ă  Paris, jusqu’aux exercices quotidiens de «La Luerna» en 1920-1925. De sa premiĂšre aquarelle Sous-bois Ă  Boulogne en 1863 Ă  l’ultime vue de Deux arbres secs et amandiers du 12 avril 1926, ce sont 7732 petits formats qui jalonnent la vie du principal aquarelliste du ComtĂ© de Nice. Aussi, peut-on voir dans cet immense ensemble un journal intime de plus de sept mille feuillets, que le peintre garde jalousement au sein de son atelier dans des cartonniers numĂ©rotĂ©s, et qui ne seront connus, dispersĂ©s et exposĂ©s qu’aprĂšs la mort de son fils, Gustave-Adolphe, en 1971.

Hormis les sĂ©ries italiennes de 1875 et quelques dizaines de piĂšces exĂ©cutĂ©es prĂšs de Paris en 1863, Ă  Barbizon en 1866, en Normandie l’annĂ©e 1867, quelques-unes rĂ©alisĂ©es chaque annĂ©e Ă  Paris lors de l’accrochage au Salon, puis Ă  l’occasion de ses dĂ©placements (Blois en 1872 et 1876, Marseille en 1878, Fontainebleau en 1880), la trĂšs grande majoritĂ© des aquarelles consignĂ©es nous emmĂšne Ă  travers les Alpes-Maritimes. La liste est impressionnante. Avant 1880, Alexis plante son chevalet un peu partout, Ă  Nice d’abord, prĂšs du littoral ou sur les collines avoisinantes, puis au hasard de ses excursions encore timides dans l’arriĂšre-pays : VĂ©subie, Var, Paillon... Alexis aime aussi la rive droite du Var : dĂšs 1871, il parcourt le pays de Grasse. À cette Ă©poque, l’essentiel de son temps est consacrĂ© Ă  la prĂ©paration des tableaux destinĂ©s au Salon parisien. Beaucoup d’aquarelles s’avĂšrent ĂȘtre des Ă©tudes : arbres, chemins, rochers, ciels... afin de parfaire sa technique de peintre. La premiĂšre grande excursion date de septembre 1864. En six vues, Alexis dĂ©peint le site pittoresque de la vallĂ©e de la Roya avec ses villages par temps d’orage.
À partir de 1881, Alexis entreprend des sĂ©ries par quartiers : Carras et Sainte-HĂ©lĂšne oĂč se trouve l’atelier, La Bornala, par villages : Contes, Vintimille, par massifs : le Baudon. Mais sa premiĂšre grande source d’inspiration lui est fournie par la vallĂ©e de la VĂ©subie en juillet-aoĂ»t 1884 : les vues d’églises alternent avec celles de bergeries, de lacs et de montagnes. En 1887, le Var et l’EstĂ©ron retiennent son pinceau. De 1888 Ă  1892, Alexis Mossa passe ses vacances d’étĂ© dans la vallĂ©e du Paillon : les villages de Contes et de Bendejun, les grĂšs du Remorian, le lit du torrent sont aquarellĂ©s... Avec Gustave-Adolphe, il pousse jusqu’à LucĂ©ram, Berre, ChĂąteauneuf. En 1893, il change de vallĂ©e et parcourt la VĂ©subie et la TinĂ©e durant l’étĂ©. Il remonte les vallĂ©es du Paillon et de la VĂ©subie jusqu’en 1915, laissant deux vastes ensembles d’aquarelles, parmi les plus importants de cet artiste, tant par le nombre que par la qualitĂ©. Les dimanches, pendant le reste de l’annĂ©e, sont rĂ©servĂ©s aux collines et au littoral niçois qu’Alexis sillonne souvent accompagnĂ© par son fils. L’annĂ©e 1908, celle du mariage de son fils, est exceptionnelle dans la production des deux peintres. Le pointillisme des vues de Bendejun aquarellĂ©es par Alexis prouvent que le pĂšre est alors largement sous l’inflence du style de son fils.

Alexis retourne dans les vallĂ©es de la TinĂ©e et de la VĂ©subie aprĂšs guerre. Cinquante ans sĂ©parent les premiĂšres vues de la Haute-VĂ©subie, peintes par le jeune aquarelliste ĂągĂ© de vingt-quatre ans en septembre 1868, de celles de la TinĂ©e de 1917. À la maniĂšre foncĂ©e des dĂ©buts, Ă  la saturation des teintes, succĂšde un art plus libre, plus fluide et plus aĂ©rien. Le recours Ă  l’encre disparaĂźt, alors que le blanc du papier est largement utilisĂ©. Alexis passe d’un traitĂ© de gouache Ă  un vĂ©ritable exercice d’aquarelle.

L’exĂ©cution devient de plus en plus virtuose : rapiditĂ© nĂ©cessaire, rĂŽle Ă©minent des tĂąches qui, en se superposant, crĂ©ent de nouvelles et surprenantes tonalitĂ©s, le rĂ©alisme des dĂ©tails Ă©tant rendu de façon elliptique. Certes, la composition est habile, mais la nature s’y manifeste comme une entitĂ© vivante : dialogue de la terre et du ciel, de la lumiĂšre et de l’ombre. La conquĂȘte de la couleur ne se fera pas sans peine : refus progressif des verts trop artificiels, des ciels moins dramatiques, par exemple. La fin du siĂšcle voit l’apogĂ©e de la pĂ©riode crĂ©atrice de Mossa en ce domaine.
Tout au long de ses exercices aquarellĂ©s, Alexis Mossa s’inscrit dans le droit fil de l’école de Barbizon. Ses paysages sont le plus souvent inhabitĂ©s, ou bien peuplĂ©s de personnages minuscules. La plupart des scĂšnes se passent loin de la civilisation, dans la nature ou bien dans des villages «authentiques». Chaque aquarelle insiste sur la solitude du peintre dans un univers silencieux. Alexis appartient Ă  ce monde d’artistes panthĂ©istes qui prĂŽnent le travail au contact d’une nature «sauvage». L’homme devient meilleur, lorsqu’il se trouve loin des tentations de la ville, des petitesses humaines et des contraintes sociales. Le spectacle de la nature, la marche en montagne rendent l’homme vertueux.

L’art de l’aquarelle chez Alexis Mossa reste avant tout, la manifestation personnelle des sentiments du peintre qui s’expriment dans l’espace Ă©dĂ©nique d’un petit format. Ce jardin primordial constitue le lieu oĂč l’effervescence joyeuse de l’artiste au travail devient pour nous la marque d’une plĂ©nitude harmonieuse, ainsi que la rĂ©vĂ©lation d’une nature Ă  jamais transformĂ©e ou disparue. Le paysage, d’expression d’un moment, devient, avec le recul du temps, et selon l’heureuse expression de RenĂ© Agache, «monument historique»."


Bibliographie
HĂ©lĂšne DE MARTINO, Alexis Mossa, peintre niçois. MĂ©moire de licence en Histoire de l’Art, GenĂšve, 1995.
Jean FORNERIS, Jean-Paul POTRON, “Alexis Mossa à Bendejun”, in Lo Rohl, 1991 n°4, p. 7-14.
Jean-Roger SOUBIRAN, “Le plus grand paysagiste niçois au siùcle dernier, Alexis Mossa”, in Nice Historique, 1984 n°3, p. 33-46.

Notes
1. RenĂ©e Tony d’ULMÈS, Nice et ses environs, Paris, 1903, p. 75.
2. Louis CAPPATTI, Alexis et Gustave-Adolphe Mossa. Ms. p. 9. Nice, BibliothĂšque de Cessole, fonds Mossa.

Jean-Paul POTRON