Le Pays de Nice et ses Peintres au XIXe siècle

Cyrille  BESSET

(1861-1902)

Separateur
Le village de Saint-Martin-Vésubie, 1895La Roya au village de Fontan, 1893Menton"La route de Saint-Barthélémy, 1898, intitulée ""Route blanche en Provence"""Le Regina Palace à Cimiez, pris d'une allée du parc Liserb

"Cet artiste-peintre dont le nom est si liĂ© au pays niçois n’est pas nĂ© Ă  Nice, mais Ă  Ă  Saint-Sernin-du-Plain (SaĂŽne-et-Loire) de François Besset, entrepreneur de terrassement et d’AdĂšle Cottin, le 4 mars 1861. Il travaille d’abord comme graveur sur mĂ©taux. Quelque temps il suit Ă  Paris les cours d’Alfred Roll, l’un des grands peintres paysagistes français de la deuxiĂšme moitiĂ© du dix-neuviĂšme siĂšcle. Mais, trop indĂ©pendant d’esprit pour suivre une Ă©cole, il se met Ă  peindre seul, sur le motif, aux alentours de Paris ou en Bretagne. À l’exemple de nombreux paysagistes, il frĂ©quente le Marlotte, un hameau proche de Barbizon dans la forĂȘt de Fontainebleau, cĂ©lĂšbre pour sa Gorge aux Loups et son Long Rocher. Il peint notamment la route de Marlotte, exposĂ©e Ă  Monaco en 1903 (voir infra).

Il semble que Cyrille Besset soit venu se fixer Ă  Nice dans les annĂ©es 1890. Il habite le quartier Saint-BarthĂ©lĂ©my, villa Mon dĂ©sir, rue des Roses. Saint-BarthĂ©lĂ©my n’est encore qu’un hameau entourĂ© de jardins et de champs, groupĂ©s autour du monastĂšre. L’artiste y passe de longues heures Ă  peindre et Ă  converser avec la population. Homme simple, gĂ©nĂ©reux, sensible et joyeux, il attire naturellement la sympathie.

Cyrille Besset peint surtout Nice et le littoral de la frontiĂšre italienne jusqu’à Marseille : Menton, Monaco, Beaulieu, Cagnes, Tourrettes-sur-Loup, Martigues, mais il s’aventure aussi dans les vallĂ©es de l’arriĂšre-pays niçois dont il fixe les villages pittoresques comme Fontan et Saint-Martin-VĂ©subie. Sans doute Ă  l’occasion de ses envois de tableaux pour le Salon parisien, Besset profite du voyage pour peindre des paysages du Nord de la France.

Le critique d’art Pierre Borel1 nous a laissĂ© un portrait du peintre qu’il a connu et apprĂ©ciĂ© : « Parti dĂšs l’aube, sa boĂźte en bandouliĂšre, son large feutre Ă  la Rembrandt crĂąnement posĂ© sur l’oreille, il allait planter sa tente dans quelque crique solitaire et ne rentrait qu’à la nuit, fatiguĂ©, mais content toujours, un gai refrain au bord des lĂšvres.
« Cyrille Besset vivait en reclus, tout à sa peinture, jamais entiÚrement satisfait de son travail de coloriste il possédait, de quelle façon spontanée et savante il savait traduire toute cette Provence aux horizons glorieux, aux ùpretés parfumées.
« Il peignait lentement, comme s’il eĂ»t jouĂ© d’un instrument et sous ses pinceaux, le Midi perdait peut-ĂȘtre un peu de sa lumiĂšre, mais se revĂȘtait d’impalpables reflets mauves, d’une grĂące sans pareil.»

L’artiste aurait pris froid en peignant le rocher de Monaco. Il meurt de phtisie Ă  Nice, dans sa villa Henriette avenue Caravadossi Ă  Cimiez, le 17 dĂ©cembre 1902, Ă  l’ñge de quarante-et-un ans. Cyrille Besset est enterrĂ© au cimetiĂšre de Saint-BarthĂ©lĂ©my Ă  Nice.

Il s’était mariĂ© avec AurĂ©lie Octavie Gabrielle Antoinette de Faucamberge (Cherbourg 1882 - Paris 1948) qui Ă©crivait des Ɠuvres sensuelles sous le pseudonyme d’Aurel et tenait un salon littĂ©raire. Ils avaient eu une fille, Fabienne, en 1892 qui mourut en bas Ăąge le 23 mai 1893. AurĂ©lie se remaria avec un ami du couple, l’écrivain Alfred Mortier, poĂšte symboliste et prosateur rapidement oubliĂ© (Bade 1865- Paris 1937).

AprĂšs l’avoir longtemps harcelĂ©, Aurel rĂ©ussit Ă  convaincre le Conseil municipal de Nice de faire attribuer Ă  son premier Ă©poux l’ancienne avenue Saint-BarthĂ©lĂ©my le 18 dĂ©cembre 1904. Elle parvint Ă  faire adopter Ă©galement un nom de rue Ă  son second Ă©poux. Plus sĂ©rieusement, elle fit instituer un Prix de peinture biennal Cyrille Besset par la SociĂ©tĂ© des Beaux-Arts de Nice qu’elle dota en 1932. Aurel dispersa une partie des Ɠuvres de son mari dĂ©funt le 4 janvier 1930, salle Provana.

L’Ɠuvre et sa fortune critique

En novembre 18932, Cyrille Besset travaille Ă  une toile La Roya destinĂ©e au salon des Champs-ElysĂ©es Ă  Paris. Il prĂ©sente Ă  l’Exposition des Beaux-Arts de Nice en 1893 un Chemin des champs aux Martigues et un Canal, quartier des pĂȘcheurs aux Martigues. « En somme, Ă©crit le chroniqueur enthousiaste du Nice artistique illustrĂ© du 2 fĂ©vrier 1893, ces deux toiles vibrent de chaleur et de lumiĂšre, et donnent avec justesse, la note du soleil en Provence.» Pour Victor Emanuel de La Vie mondaine, Cyrille Besset marche « non sans honneur, sur les brisĂ©es des Montenard et des Garibaldi.» À l’exposition 1894 de la SociĂ©tĂ© des Beaux-Arts de Nice, il montre Canal des Martigues prĂšs Marseille (1200 frs) et Chemin dans la campagne de Nice (250 frs).

La SociĂ©tĂ© des Beaux-Arts de Nice ne pouvant plus organiser de salon en 1895, Besset se tourne vers d’autres expositions, notamment celles du Palais des Beaux-Arts de Monte-Carlo. En 1897, il y accroche une toile sur Beaulieu. « Cyrille Besset a mis, comme Darasse, du soleil dans sa palette depuis qu’il habite notre Midi, sa vue de Beaulieu est Ă©clairĂ©e d’un jour trĂšs vif, encore que le paysage me paraisse un peu sec et maniĂ©ré»3. L’annĂ©e suivante, il propose un autre tableau : « Environs de Nice. Dans cette toile, des tons vifs, des moutons un peu secs, mais d’admirables montagnes d’un violet vaporeux ; et des premiers plans herbeux, on ne peut mieux venus.»4

En mars 1898, il expose ses toiles avec celles du grenoblois Henri Le Riche, dans la galerie du 41 boulevard Dubouchage. On y voit notamment Village de Fontan, Eupatoires roses, Moutons au soleil couchant. La Vue de Cagnes de Besset obtient une troisiÚme médaille au Salon parisien de 1900 et est acquise par le baron de Rothschild.

En 1902, on retrouve Besset au Palais des Beaux-Arts de Monte-Carlo. « Citons quelques paysages vraiment intĂ©ressants : [...] les Hauteurs de Cagnes, joliment enlevĂ©es sur nature par Cyrille Besset.»5 Enfin en 1903, trois mois aprĂšs le dĂ©cĂšs du peintre, sa veuve honore le salon monĂ©gasque de l’envoi prĂ©vu. « Nous ne voudrions pas quitter le Salon de peinture [...] sans adresser un adieu Ă©mu Ă  Cyrille Besset, dont nous apercevons la Route de Marlotte et non loin hĂ©las ! un crĂȘpe noir. Il s’en est allĂ©, ce vrai peintre, Ă©pris des paysages mĂ©ridionaux et du soleil, qu’il allait chercher jusque dans le Nord, et qu’il aimait Ă  rendre avec ses chauds rayons lorsque les blĂ©s sont mĂ»rs et que la nature sourit.»6

Peu de temps avant sa mort, le comitĂ© de la SociĂ©tĂ© impĂ©riale des Arts Ă  Saint-PĂ©tersbourg lui avait rĂ©clamĂ© une toile afin qu’elle puisse figurer parmi l’élite des peintres français dont les Ɠuvres sont conservĂ©es en Russie.

Lors de l’exposition posthume qui lui est consacrĂ©e Ă  la Galerie des Artistes Modernes, chez Chaine et Simonson, rue Caumartin Ă  Paris, Ă  partir du 3 novembre 1903, une centaine de toiles sont rĂ©unies. C’est la seule exposition d’envergure qui a Ă©tĂ© consacrĂ©e Ă  ce peintre jusqu’à ce jour.

Absent des rĂ©trospectives niçoises de 1919, « Nice Ă  travers les Ăąges », de 1925 « Le paysage niçois » et de 1927 pour le cinquantenaire de la SociĂ©tĂ© des Beaux-Arts, Besset est reprĂ©sentĂ© au musĂ©e des Beaux-Arts de Nice avec Village de Fontan qui a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© Ă  l’exposition marseillaise de 1995 : « Peintres de la couleur en Provence ». Quelques- unes de ses toiles figurent dans les musĂ©es français, notamment, Vue de Tourrettes-sur-Loup Ă  Marseille et le Chemin de Saint-BarthĂ©lĂ©my au musĂ©e d’Orsay. Cependant, si l’on ajoute aux collections publiques les Ɠuvres appartenant Ă  des particuliers, on parvient tout juste Ă  une dizaine de toiles connues. Cyrille Besset est devenu un peintre rare.

Or, mĂȘme si cet artiste a vĂ©cu au plus fort des annĂ©es de l’Impressionnisme et mĂȘme si ses paysages ne rĂ©volutionnent pas l’Histoire de l’Art, Besset est un peintre de talent. Certes, il s’avĂšre conventionnel dans ses rapports de couleurs, parfois peu rigoureux dans ses perspectives, souvent systĂ©matique dans le choix de ses premiers plans qui s’ouvrent sur des chemins blancs Ă©crasĂ©s de lumiĂšre. Mais c’est dans le rendu des montagnes, dans le traitĂ© des lointains (le village de Saint-Martin, le RĂ©gina sont de vrais bijoux) et surtout dans la lumiĂšre qui inonde ses toiles que Cyrille Besset donne toute sa mesure de paysagiste.

Dans son article sur « La Provence et ses peintres », Camille Mauclair7 insiste sur la rare rĂ©ussite de la fusion entre le pittoresque et la lumiĂšre chez un peintre du Midi. « Les toiles de cet artiste sont vraiment parmi les plus intuitives et les plus pĂ©nĂ©trantes. Il y passe un souvenir de la poĂ©sie d’Aiguier, et on y sent aussi l’influence de Monet. Mais au lieu de conserver le procĂ©dĂ© par taches de celui-ci, M. Besset ne craint pas de fondre absolument, avec la transluciditĂ© de l’aquarelle, les infinies dĂ©gradations de la lumiĂšre, avec la consistance polie de l’émail, sans pourtant tomber dans l’affĂ©terie et la fadeur des bleus tendres et des roses lilacĂ©s. Ces nuances, mĂȘlĂ©es Ă  toute l’atmosphĂšre mĂ©ridionale, seraient fades Ă  force d’ĂȘtre jolies si elles n’étaient soutenues par le contraste sobre et sĂ©vĂšre des lignes du paysage, par la silhouette tourmentĂ©e des pins parasols, par la grisaille d’argent des oliviers, par les rudes rochers couleur de sang et de rouille. M. Cyrille Besset a compris toute l’importance de rĂ©sister au charme amollissant des ciels en insistant sur ce caractĂšre Ă©nergique du paysage qu’ils Ă©clairent. [...] Il y a eu de plus grands peintres. Je n’en connais pas de plus Ă©mus que cet intimiste de la lumiĂšre, Ă©pris de ses suaves secrets, ayant su en pĂ©nĂ©trer la magie, en prĂ©ciser le caractĂšre au point qu’il sera dĂ©sormais impossible Ă  tout artiste, en s’arrĂȘtant devant une villa blanche, ornĂ©e de pampres et de roses, glorieuse dans la clartĂ©, de ne pas dire : “VoilĂ  un Cyrille Besset !”»"


Bibliographie
Anonyme, “NĂ©crologie”, in La Fronde, 21 dĂ©cembre 1902.
Cyrille BESSET, “Lettre de Cyrille Besset Ă  un jeune artiste qui lui demandait des conseils”, in La Revue du Palais, 15 dĂ©cembre 1904, p. 692-698. Le destinataire Ă©tait Robert Mortier, nĂ© Ă  Nice en 1878, peintre et frĂšre cadet d’Alfred Mortier le deuxiĂšme mari d’Aurel.
R. de F., “Pour Cyrille Besset”, in Le Petit Niçois, 19 dĂ©cembre 1904, p.1.
RenĂ©e d’ULMÈS, “Cyrille Besset”, in La Plume, n°329,
1er janvier 1903.

Notes
1. Pierre BOREL, La Riviera et les artistes. Chiberre, Paris, s.d., p. 22-25.
2. Nice-Artistique illustré, 30.11.1893.
3. DE LA CONDAMINE, “Les Beaux-Arts à Monaco”, in La Vie mondaine, 14.02.1897, p.2 col.4).
4. Emile DELAUNAY, “Exposition des Beaux-Arts, paysages”, in La Vie mondaine, p.2 col.4).
5. Emmanuel DUCROS, “Exposition des Beaux-Arts de Monte-Carlo”, in La Vie mondaine, 27.02.1902.
6. Emmanuel DUCROS, “Exposition internationale des Beaux-Arts de la PrincipautĂ© de Monaco”, in La Vie mondaine, 26.02.1903, p.3 col.3.
7. Camille MAUCLAIR, “La Provence et ses peintres”, in Revue Bleue, t.19 n°1, 3 janvier 1903.

Jean-Paul POTRON